Au-delà du CHAN


L’année 2021 du football africain a démarré sur les chapeaux de roue.
Une grosse dose de CHAN, 32 matches au tableau, une petite dose de Coupe du monde des clubs pour les Egyptiens d’Al Ahly, un brin d’éliminatoires de la CAN U17, le retour de la Ligue des champions et de la Coupe de la Confédération en attendant les deux journées à venir, dans la dernière décade du mois de mars, des éliminatoires de la  CAN 2021 (repoussée à 2022, on connaît tous la chanson…) et, dans un mois pile, l’élection du prochain Président de la CAF.
Pendant cette période la pandémie de Covid-19 continuera de sévir là et ici, ici et là. L’Afrique n’y a pas échappé et n’y échappe toujours pas.

Le CHAN. Sans grosse surprise le Maroc a conservé sa couronne. Mais, à la différence de son succès de 2018, cette fois il s’est imposé loin de ses frontières ce qui est toujours une mission plus difficile. Les Lions de l’Atlas ont gagné parce qu’ils étaient tout simplement les meilleurs. C’est la résultante de la qualité de ses clubs, meilleure que dans la plupart des autres pays du continent. Et comme le CHAN est le championnat des championnats, il n’est pas surprenant de voir les Marocains s’imposer. Tant que la plupart des associations nationales n’auront pas compris que sans grands clubs on n’a pas de football capable de jouer titres et couronnes continentales, ce seront souvent les mêmes qui s’imposeront. Je vous entends. Et le Mali, finaliste, et la Guinée, troisième ? Le Mali est un cas à part. C’est dans l’esprit qu’il puisse ses ressources. Il ne s’avoue jamais vaincu, il se bat avec l’énergie d’un jouvenceau. Et pourtant il ne dispose pas de beaucoup de ressources, financières notamment. Il compense par une énergie de chaque instant et une volonté peu fréquente. La Guinée est dans une phase de redressement sous l’impulsion d’une fédération qui a, semble-t-il, décidé de sortir de son ronron. Quant au Cameroun, quatrième, il a payé sur le terrain une désorganisation insupportable pour les supporteurs. Mais le pays a démontré que quand il en avait la volonté il était capable de se hisser au niveau des meilleurs. Il a rendu une excellente copie dans le domaine des infrastructures qui est de bon augure à un an du rendez-vous de la CAN dont il sera l’hôte.
Les compétiteurs ont fait ce qu’ils ont pu dans des conditions difficiles : championnats arrêtés de nombreux mois pour certains, crise sanitaire qui a touché certains joueurs.

Dimanche s’ouvre au stade Olympique de Nouakchott la 22e édition de la Coupe d’Afrique des Nations (CAN) des moins de 20 ans. Pour la première fois, douze pays (huit auparavant) en découdront, avec, chacune la ferme volonté de succéder au Mali, vainqueur de la précédente édition mais qui ne sera pas là. Il ne s’est pas qualifié puisque désormais la qualification se joue par zones comme on peut en juger avec la liste des présents en Mauritanie : Maroc, Tunisie (UNAF), Gambie, Mauritanie (UFOA A), Burkina Faso, Ghana (UFOA B), Cameroun, Centrafrique (UNIFFAC), Mozambique, Namibie (COSAFA), Ouganda, Tanzanie (CECAFA). De grandes nations du football africain ne seront pas en Mauritanie. La CAF a choisi de privilégier la sélection par zones plutôt que de mettre en avant les pays qui, depuis longtemps, ont misé sur le développement du football par les catégories d’âge. Ce qui signifie que les meilleurs ne sont pas garantis de pouvoir se qualifier comme c’est surtout le cas en Afrique de l’Ouest. La qualification par tirage au sort intégral privilégie le talent et la qualité. Les instances du football continental ont fait un autre choix pour les U20 et les U17.
 

A propos des éliminatoires de la CAN U17, outre le non-engagement de certains pays, il y a eu sept équipes sanctionnées dans les différentes zones pour avoir aligné dans leur équipe des joueurs ayant dépassé la limite d’âge. Renvoyer lesdites équipes chez elles n’est pas une situation satisfaisante car elle pénalise les joueurs. Ce sont les dirigeants qui devraient être sanctionnés. Qu’on ne se trompe pas de coupables.

En suivant le match Al Ahly – Bayern de Munich, demi-finale de la Coupe du monde des clubs, j’ai été taraudé par une question. Que ferait l’équipe égyptienne si elle disputait la Bundesliga ? Je crois qu’elle s’en sortirait très bien. Bien sûr elle a été dominée par la formation allemande – comme tant d’autres – mais sa défense a fait du très bon travail. Quelques clubs africains, presque tous du Nord du continent africain, pourraient briguer un espace en Premier League, en Liga, en Série A, en Bundesliga et, plus que certainement, en Ligue 1. Mais on ne le verra jamais. Dommage !

Les compétitions interclubs reprennent leur marche avec les premiers rendez-vous de la seconde phase. On se demande comment les clubs parviennent à digérer championnat national et compétition panafricaine. D’autant que le plus dur parfois est de résister à des déplacements longs et usants.

L’élection à la tête de la CAF. On en a parlé au Cameroun pendant le CHAN, on en parle aujourd’hui et on en parlera encore dans la nuit du 11 au 12 mars à Rabat. D’ici là, on assistera peut-être à de nouveaux rebondissements. En tout cas ceux qui auront leur bulletin de vote dans la main n’auront pas droit à l’erreur. Une fois, cela peut se produire, deux fois ce n’est plus un accident, c’est une faute grave. Les partenaires économiques sont aux aguets. Et ceux qui aiment et supportent le football africain avec eux. Ce sera l’espoir ou le désespoir.  

Un dernier mot. J’ai pris hier connaissance des propos tenus par le Président rwandais, Paul Kagame, il y a quelques jours, qui remet en question les « contradictions de l’ordre mondial vieilles de plusieurs décennies » non pas par charité, mais par souci d’équité et de transparence afin de garantir un accès équitable aux vaccins dans le monde entier pendant cette pandémie sans précédent de COVID-19.

« L’attitude de supervision des adultes doit être laissée au passé. On peut trouver des bons et des mauvais côtés partout. Nous devons résister à la tentation de réduire l’Afrique à des jugements et des généralisations générales. Il ne peut y avoir de partenariat de respect mutuel quand une partie manque de valeurs alors que l’autre partie est un agent moral bien formé ».
Je ne sais pas si parmi les dirigeants européens, il pensait au Président de la FIFA. Mais ce dernier pourrait peut-être réfléchir à la plaidoirie de Paul Kagame réclamant plus de respect et d’indépendance.

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